Communiqué de presse

DISCOURS DU SECRETAIRE GENERAL DE L’ONU PRONONCÉ AU CONSEIL DE SÉCURITÉ : « RENFORCER LA CAPACITÉ D’ADAPTATION DES OPÉRATIONS DE PAIX DES NATIONS UNIES : FAIRE FACE AUX NOUVELLES RÉALITÉS »

24 mars 2025

  • "J’invite tous les États Membres à apporter leur pierre à l’édifice. Et j’appelle ce Conseil à continuer à œuvrer pour surmonter les divisions et les désaccords entourant les opérations de paix, et bâtir le soutien politique unifié et cohérent dont nos opérations de paix – et les femmes et les hommes qui les mènent – ont tant besoin."
Photo : © United Nations

Monsieur le Président, Excellences,

Je remercie le Gouvernement danois d’avoir organisé ce débat de haut niveau.

Les opérations de paix des Nations unies protègent les personnes et les communautés dans certains des endroits les plus éprouvés de la planète. 

Ces opérations comprennent à la fois les opérations de maintien de la paix et les missions politiques spéciales.

Leur travail va de l’alerte rapide à diplomatie préventive…

Du rétablissement de la paix à la vérification de l’application des accords de paix et de la protection des civils…

De la négociation de cessez-le-feu au soutien de leur mise en œuvre par les parties sur le terrain…

Ou encore aux missions d’observation et d’appui électoral.

Prises ensemble, ces opérations dotent le Conseil d’un outil essentiel pour maintenir la paix et la sécurité internationales dans divers contextes.

Depuis le déploiement de la première mission politique spéciale et de la première opération de maintien de la paix en 1948, nos opérations de paix se sont développées, adaptées et transformées.

Elles nous permettent régulièrement d’intervenir de façon ciblée pour sauver des vies, réduire la violence, enrayer l’élargissement et le débordement de conflits meurtriers, et mettre fin à des atrocités.

Les opérations de paix sont conçues pour démontrer non seulement l’efficacité du multilatéralisme en action mais aussi son intérêt en termes de coûts.

Dans le meilleur des cas, elles montrent qu’il est possible d’alléger le fardeau qui pèse sur chaque pays individuellement lorsque les Nations Unies se rallient pour agir.

Toutefois, comme nous le savons tous, les opérations de paix se heurtent à des obstacles de taille, et de nouvelles approches s’imposent.

Les guerres deviennent plus complexes et plus meurtrières.

Elles durent plus longtemps et sont davantage imbriquées dans des dynamiques mondiales et régionales.

Il est plus difficile de parvenir à des règlements négociés.

Parallèlement, un entrelacs complexe de menaces, dont beaucoup transcendent les frontières nationales, se dresse face aux opérations de paix.

Les groupes terroristes et extrémistes, la criminalité organisée, la militarisation des nouvelles technologies et les effets des changements climatiques sont autant de phénomènes qui mettent à l’épreuve nos capacités d’intervention.

Et – je suis navré de le constater – les divisions géopolitiques sapent la paix.

Les accords bilatéraux et multilatéraux qui, pendant des décennies, avaient permis de maîtriser les tensions et de préserver la stabilité s’érodent.

Les violations du droit international, des droits humains et de la Charte des Nations Unies sont légion – sans que cela ne porte à conséquence, semble-t-il.

La confiance se fait rare entre les pays, entre les régions, et à l’intérieur de ceux-ci.

Tous ces dangers, et bien d’autres encore, attisent la flamme des conflits.

De notre côté, nos interventions en faveur de la paix sont à la peine.

Nous constatons une asymétrie persistante entre les mandats confiés et les ressources disponibles.

Et nous constatons des divergences de vues de plus en plus marquées – y compris au sein même de ce Conseil – sur les modalités de fonctionnement des opérations de paix, les circonstances justifiant leur déploiement, la teneur de leur mandat et leur durée.

Excellences,

Le diagnostic peut paraître sombre, mais il correspond à la réalité.

La bonne nouvelle est que les États Membres se sont engagés dans le Pacte pour l’avenir à adapter les opérations de paix pour l’avenir.

Voilà une occasion privilégiée de dégager une réponse commune aux questions suivantes : quelles sont les conditions de réussite des opérations de paix ?

Quels obstacles se dressent sur le chemin ?

Et quels nouveaux modèles nous pouvons appliquer afin de les rendre plus adaptables, plus souples et plus résilientes – tout en reconnaissant les cas limites où l’on sait qu’il y a peu ou pas de paix à maintenir.

Les propositions que je vous ai faites récemment dans le contexte d’Haïti en sont une bonne illustration.

Nous devons continuer d’œuvrer en faveur d’un processus politique – maîtrisé et conduit par le peuple haïtien – qui rétablisse les institutions démocratiques par la voie électorale.

L’ONU a un rôle clair à jouer pour appuyer la stabilité et la sécurité, tout en s’attaquant aux causes profondes de cette crise effroyable.

L’ONU est prête à assumer la responsabilité des dépenses logistiques et opérationnelles – y compris le transport, les capacités médicales et le soutien envers la police nationale – qui peuvent appuyer une force internationale renforcée par les États membres, qui soit capable de faire face aux gangs en Haïti et de créer les conditions de la paix.

Les salaires de la force quant à eux sont couverts par le fonds d’affectation spéciale qui existe déjà.

Nous avons là un bon exemple de la manière dont nous pouvons concevoir une approche adaptée et collective des opérations de paix dans un environnement extrêmement complexe et dangereux.

Parmi les autres exemples d’adaptation de nos opérations de paix, citons la FINUL, qui a récemment élaboré un plan d’adaptation pour aider les parties à respecter les obligations que leur fait la résolution 1701.

On peut également évoquer nos opérations à Abyei, au Soudan, où nous avons reconfiguré nos opérations de paix en une force multinationale.

Nous prenons également de plus en plus la mesure des avantages considérables que présente le renforcement de la collaboration avec les organisations régionales et sous-régionales.

La résolution 2719 du Conseil de sécurité revêt une importance certaine à cet égard.

Cette avancée a porté notre partenariat avec l'Union africaine à un niveau supérieur, alors que nous œuvrons à la mise en place de missions d'imposition de la paix sous la responsabilité de l'Union africaine, avec le soutien des Nations unies.

Nos deux Secrétariats travaillent désormais activement à concrétiser la vision énoncée dans la résolution, et j’invite les membres du Conseil à y apporter leur plein concours.

Excellences, 

Il est temps de s'inspirer de ces exemples et de continuer à adapter nos opérations de paix aux défis actuels et futurs. 

Des travaux sont en cours pour réexaminer toutes les formes d’opérations de paix, comme l’ont demandé les États Membres dans le Pacte pour l’avenir.

L’objectif est de procéder à un examen critique de ces outils et de proposer des recommandations concrètes afin de les adapter au monde d’aujourd’hui.

Il s’agira notamment de mener des consultations approfondies avec les États Membres et d’autres parties prenantes afin de nourrir – et d’inspirer – ces recommandations.

L’étude fera fond sur l’analyse présentée dans le Nouvel Agenda pour la paix.

Elle prendra pour appui l’étude d’ensemble de l’histoire des missions politiques spéciales, la première effectuée en 80 ans d’existence de l’ONU, qui sera publiée prochainement.

Elle se fera aussi l’écho de l’appel lancé dans le Pacte pour veiller à ce que les opérations de paix s’engagent le plus tôt possible dans la planification des transitions avec les pays hôtes, l’équipe de pays des Nations Unies et les groupes locaux et régionaux.

L’étude s’inscrit également dans le sillage de la demande qui est adressée au Conseil dans le Pacte pour que les opérations de paix soient guidées par des mandats clairs et séquencés, réalistes et réalisables, ainsi que des stratégies de sortie et des plans de transition viables.

Elle s’appuiera enfin sur les discussions qui se tiennent en préparation de la Conférence ministérielle sur le maintien de la paix qui aura lieu à Berlin en mai et qui sera consacrée à l’avenir du maintien de la paix.

Excellences,

Tout au long de l’étude, nous mènerons des consultations approfondies afin de recueillir un éventail de vues aussi large que possible et de bénéficier d’une expertise mondiale. 

Celle des États Membres, des pays hôtes, des pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police et des contributeurs financiers…

Celle des organisations régionales, de la société civile et des milieux universitaires, ainsi que de nos propres hauts responsables et experts des opérations de paix des Nations Unies et du Secrétariat.

Bien entendu, l’étude contribuera à éclairer les efforts que nous déployons dans le cadre de l’initiative ONU80, afin de dégager des gains d’efficacité et des améliorations dans tous nos axes de travail – compte tenu des défis persistants de financement auxquels notre Organisation est confrontée.

Excellences,

Le débat public d’aujourd’hui est une occasion précieuse pour le Conseil de partager toute idée et point de vue qui pourrait contribuer à l’étude.

J’invite tous les États Membres à apporter leur pierre à l’édifice. Et j’appelle ce Conseil à continuer à œuvrer pour surmonter les divisions et les désaccords entourant les opérations de paix, et bâtir le soutien politique unifié et cohérent dont nos opérations de paix – et les femmes et les hommes qui les mènent – ont tant besoin.

Je vous remercie.

Entités des Nations Unies impliquées dans cette initiative

ONU
Nations Unies

Objectifs poursuivis à travers cette initiative